« Les Algériens pleurent (les victimes du printemps noir). Je ne sais pas jusqu'à l'instant, du poste où je suis, comment et ce qui a provoqué cette tragédie nationale qui s'est décuplée ». Vendredi dernier à Tizi-Ouzou, en évoquant les événements du printemps noir, le président Bouteflika a fait un aveu de taille : Il reconnaît être mal informé sur un dossier sensible qui a coûté la vie à plus de 120 jeunes lors des manifestations d'avril et mai 2001.
Cette déclaration intervient huit mois après un autre aveu. Le 26 juillet 2008, devant les maires du pays réunis à Alger, M. Bouteflika avait reconnu que l'Algérie s'était trompée de stratégie économique, désavouant ainsi son ministre de l'Industrie, Hamid Temmar, fidèle parmi les fidèles du chef de l'Etat.
Comment Bouteflika s'est-il retrouvé dans la situation d'un président mal informé ? Pourquoi donne-t-il l'impression d'être un dirigeant coupé, sinon éloigné des réalités de son pays ?
Première explication. Les relations conflictuelles qu'il entretient avec les titres les plus influents de la presse algérienne ainsi que la multiplication des pressions des représailles exercées sur ces journaux ont eu pour conséquence une quasi-absence d'informations susceptibles d'attirer
l'attention du président sur les défaillances de ses ministres et autre dirigeants en charge des affaires de l'Etat.
Toute critique ou information négative rapportée par un journal est souvent assimilée comme une « attaque » ou une « manipulation ». Des procès sont régulièrement intentés contre des journaux coupables de diffuser des enquêtes ou des reportages qui ne sont pas du goût de certains responsables locaux. Récemment, le directeur du journal El Waha a été incarcéré suite à une plainte déposé par un fonctionnaire local à Ghardaïa.
Résultat : le président s'est volontairement coupé d'une source d'information qui pourrait contredire les bilans maquillés ou tronqués que lui fournissent les membres du gouvernement. Même les agissements de petits responsables de l'administration ne peuvent plus être rapportés sans risque de lourdes sanctions.
La deuxième explication réside dans l'erreur commise par le chef de l'Etat concernant le Conseil national économique et social (CNES). En mai 2005, l'ex président de cet organisme Mohamed-Salah Mentouri a été poussé à la démission. Les rapports de conjoncture du CNES, publiés tous les trois mois, contenaient des éléments d'information et des analyses pertinentes sur l'action du gouvernement. Outre qu'ils attiraient l'attention des autorités sur certains dysfonctionnements, ces documents suggéraient des pistes et des indices pour corriger ou améliorer les politiques et les stratégies mises en place.
Il faut croire qu'une telle pertinence de la part de Mentouri « gênait » le travail de l'exécutif. Au lendemain du départ de Mentouri, la direction du CNES a été confiée à Mohamed Seghir Babès. Sa première décision ? Supprimer les rapports de conjoncture et le suivi de l'action du gouvernement. A leur place, le CNES organise désormais des séminaires et des débats. La encore, le président s'est privé d'un élément de comparaison pour juger l'action de ses ministres.
Enfin, les sorties sur terrain fournissent une image saisissante de ce déphasage entre le chef de l'Etat avec les affaires du pays. Les visites de Bouteflika, y compris durant la campagne électorale, sont systématiquement précédées d'opérations de maquillage des réalités. Une photo circulant depuis quelques jours sur Internet illustre parfaitement cette situation : la façade d'immeuble vétuste, situé dans un quartier de Blida visité récemment par le président, a été entièrement repeinte par les dirigeants locaux. L'autre façade est restée telle quelle, c'est à dire sale et délabrée. Mais qui pouvait attirer l'attention du
chef de l'Etat ?
C'EST UNE HONTE.
TSA-ALGERIE.COM





News